mardi 15 juin 2021

Sentier mental


Je n'aurais rien vu
si le beau ne fût jamais
portée de vos turbulences.
Voyageur encore
mes semelles n'adhèrent à rien
sinon le grain des routes.
Du reste je m' éloigne :
puisque mes jambes
à peine
me soutiennent.

vendredi 14 juin 2019

[TRADUCTION] Limite – Frantumi (1914)

Limite
 
– Il y a des angoisses rapides-vastes comme du bitume de nuages au-dessus des vallées.

– Avance avance… Avance ! et tout est noir. – Tout est clair, tout est noir ; tout est jour tout est nuit. C’est jour. C’est nuit. C’est clair…. C’est noir…. C’est noir noir et sombre !

– Ainsi est ce clairnoir, clairnoir par les crépuscules essoufflés presse la respiration l’obtus ciel de l’impuissance et toutes les issues sont impasses subreptices, toutes !

– C’est comme un pilon, l’obsession, l’aiguillon, comme un pilon sourd l’insupportable obsession de la malédiction.

– Il y a, il y a des angoisses rapides-vastes bitumes d’âmes pilons insensés si bien qu'au-delà, ailleurs, au-delà me chassent l’essouffle des encolures et les écarquilles de l’ombre.

– Alors par l’ombre crépusculaire (avance, avance !)… alors claires noires dans l’ombre (avale, avale !)… au-delà des impasses de l’impossible sont possibles les plus impossibles possibilités.

– J’exscalade les encolures de la réalité : – elles sont langues d’euglènes les ancres vôtres, elles sont souffles-brises les parois vôtres, exfiltrée chaque prison, exprisonnée la liberté.

– A présent l’irréalité houle, à présent l’esclavage est détaché, il n’y a plus de loi, il n’y a pas mon père tu n’y es pas. A présent est dissoute toute pitié : – Casse la fièvre de terribilité et est triomphée la réalité.
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– Il y a des angoisses vastes-avalantes, il y a des bitumes d’ombres de cumulus, si bien que la folie déborde les digues (casse déborde, noire est la plaine !) que la folie ricane et déchire, vrombit et gargouille hélas.



Giovanni Boine – Frantumi (1914). Traduction personnelle.



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Limite

– Ci sono angoscie rapide-vaste come bitume di nubi sopra le valli.

– Avanza avanza.... Avanza! ed ogni cosa è nera. – Ogni cosa è chiara, ogni cosa è nera; ogni cosa è giorno ogni cosa è notte. È notte. È giorno. È chiara.... è nera.... è nera nera e buia!

– Cosí è che chiaronero, chiaronero per gli affannosi crepuscoli preme il respiro l'ottuso cielo dell'impotenza e tutti gli sbocchi son sbarri biechi, tutti !

– È come un martello, l'assillo, il pungolo, come un martello sordo l'insopportabile pungolo della maledizione.

– Ci sono, ci sono angoscie rapide-vaste bitumi d'anime martelli pazzi che oltre, via, oltre mi cacciano l'ansimo dei valichi e gli spalanchi dell'ombra.

– Allora per l'ombra crepuscolare (avanza, avanza !)... allora chiare nere nell' ombra (inghiotte, inghiotte!)... oltre gli sbarri dell' impossibile sono possibili le più impossibili possibilità.

– Svalico i valichi della realtà : – son lingue d'alighe le vostre ancore, son soffi-brezze i vostri muri, è
scatenata ogni prigione, è sprigionata la libertà.

– Ora mareggia l'irrealtà, ora è slegata la schiavitù, non c'è più legge, non c'è mio padre non ci sei
tu, ora è disciolta ogni pietà : – rompono febbri di terribilità ed è stravinta la realtà.

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– Ci sono angoscie vaste-inghiottenti, ci son bitumi d'ombre di cumoli, che la pazzia trabocca le dighe (rompe trabocca, è nera la piana !) che la pazzia ghigna e dilania, romba e gorgoglia ohimè.


Giovanni Boine – Frantumi (1914)

[TRADUCTION] Fragment (Frammento) – Frantumi (1914)

Fragment

− Si lent allant la tristesse m’est si déserte ! Oh comme pèse, oh comme ferme ce manteau noir ! En bas parmi les rochers la mer halène à peine, fait glouglou, c’est une bête qui dort. Tandis que du profond noir horizon çà et là je vois les calmes étoiles, si lointaine et hors de tourment ! Vraiment ; c’est un autre monde ! qu’aussitôt je m’arrête et de chaque peine je m’escape amnésique.

A le regarder ce vague lacté des nébuleuses quelle douceur ! Si vague qu’il t’étrempe, si léger que tu n’as plus de corps.

Ici, et ne rien regarder d’autre est bien plus que la paisible stupeur. Car enfin, que dire ? Ce sont des signes sans pareils ; ils sont au cœur les signes d’un fond sans nom. Pas de quoi toucher le fond.


Giovanni Boine – Frantumi (1914).
Traduction personnelle.


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Frammento

− Così lento andando la tristezza m’è così deserta! Oh come pesa, oh come chiude questo mantello nero! Giù tra gli scoli il mare appena flata, fa gluglù, è una bestia che dorme. Finchè dal profondo nero orizzonte qua e là veggo le quiete stelle, così lontane e fuor di cruccio! Proprio; è un altro mondo! che subito mi fermo e d’ogni pena mi stabarro smemorato.

A guardarlo questo vago latte delle nebulose che dolcezza! Così vago che ti stempra, così lieve che non hai più corpo.

Qui, a guardare null’altro è più che il pacifico stupore. Perchè, che cosa dire? sono segni senza paragone; sono al cuore i segni di un profondo senza nome. Non c’è che sprofondare.


Giovanni Boine – Frantumi (1914)

mardi 4 juin 2019

[TRADUCTION] Le dernier rêve (L'ultimo sogno ) – Libro per la sera della domenica (1906)

Le dernier rêve

Pour Alfredo Tusti

Je suis arrivé à la cité
au milieu des bois.
Je frappe à la porte, personne ne demande,
je frappe à toutes les portes
de la cité muette ; je n’entends
que des fontaines chanter
des chansons sans refrains
à la Monotonie.

Je crie : « Je ne saurai pas
revenir demain
par le même chemin !
je suis un enfant blanc
et pour mes cheveux une guirlande
a fleuri !
Mes petites mains sont pures
comme celles des saints de cire ;
j’aime les créatures
je ne sais qu’une pauvre prière ».

Les fontaines chantent toujours
dans la muette cité des rêves.

Je m’éloigne
et mon vêtement blanc
les ronces se le partagent,
et ma guirlande s’est muée
en une couronne d’épines
mes petites mains saignent
sans fin
et l’âme est triste comme
les yeux
d’un agneau au seuil de la mort.

Et les fontaines chantent
derrière les portes blanches

Ah ! Suis-je donc celui
qui ne dormira plus
qui ne rêvera plus
jusqu’à la mort ?

Sergio Corazzini – Libro per la sera della domenica (1906). Traduction personnelle.


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L'ultimo sogno

per Alfredo Tusti

 
Io sono giunto alla città
nel mezzo del bosco.
Batto ala porta, nessuno domanda,
batto a tutte le porte
della città muta; non odo
che fontane cantare
canzoni senza ritornelli
a la Monotonia.

 
Io grido: «non saprò
domani tornare
per la stessa via!
Sono un fanciullo bianco
ed è fiorita per i miei capelli
una ghirlanda!
Le mie piccole mani sono pure
come quelle dei santi di cera;
amo le creature
non so che una povera preghiera».

 
Le fontane cantano sempre
nella città muta dei sogni.

 
Io mi allontano
e la mia veste bianca
se la dividono i rovi,
e la mia ghirlanda s'è mutata
in una corona di spine,
le mie piccole mani sanguinano
senza fine
e l'anima è triste come
li occhi
di un agnello che sia per morire.

 
E le fontane cantano
dietro le bianche porte.

 
Ah! sono io dunque colui
che non dormirà più
che non sognerà più
fino alla morte?


Sergio Corazzini – Libro per la sera della domenica (1906)

 

mardi 16 avril 2019

Flirt

Tess,
Tennis collants socquettes en dentelles
l'âme est la veilleuse

Ton visage est clair on voit
les mots sous tes traits
comme sous ceux des sourds

Quelques quelques
quelques volts encore

tu sauras les puiser

quelques quelques
quelques voltes de face

et toute ta lumière
entre tous les doutes

veillera la mort

Tu verras la mort
du doute

Pour l'heure si frêle
Aujourd'hui si belle

Demain plus que ça
Demain plus que belle

lundi 3 septembre 2018

Passant


Captive au sein des bruits du monde
chante une âme
Je la bricole de comptines
en poèmes de
récits en bruissements de gomme cette âme,
ce siège
mon élan de squames

la moindre brise s'empare d'hier
et telle la comète au ciel d'aout
le passé retient mon corps
s'effile et

s'endort

Ce matin j'ai vu au coin des yeux
mes dépassés possibles
immergés sans débord
échoués
privés de
leur pauvre corps

Mon miroir les fait posthumes

Alors s'élève l'oraison
que j'appelle âme
la voix des vies en chalandise

Marque moi
Je t'empreinterai
(s'imprimera
ce que nous tracerons)
Moi qui ne fait que surgir
en résidu
de vous

Et quand je suis loin du monde
c'est pour caresser les bosselures
si tendrement laissées par vos sillages
lustrées par les
grains de ces peaux

Sinon c'est que j'affine mes poinçons
de tasse en tasse
nourris des vies

je cherche la forme
je cherche l'humeur
la matrice
le sceau qui sait
toucher,
peut marquer les cœurs.

mardi 19 décembre 2017

Pionniers - Tentative d'une âme (extrait : les passages sur Y. : Suite)


Y., j’aimais ton visage lisse. Ton inexpérience des sentiments humains, en toi tout ce qui bousculait les choses du A qui donne B, rendait le monde un peu moins convenu. Les accidents de diplomatie que devenaient le moindre contact avec toi, ton statut d’isolat où ployaient les conventions humaines.
Le souffle qui t’animait n’utilisait pas nos règles, et bientôt, tu auras commencé le chantier de ta vie, un travail de traduction, celui de toi, de l’individu-toi dans la langue de l’espèce, un code hégémonique aux balises strictes et aux bugs courants, lisible par tous.
Le super pouvoir de l'obsession. Tu verras nos limites et nos contresens. Tu combleras nos lacunes de tes néologismes, du cri primitif tu feras les mots qui manquent.
Dans notre langue, tu nous battras tous. Nous, nous lirons des sous-titres sans jamais vraiment comprendre pourquoi ta mélodie, pourquoi ces bruits de gorge, où sont les doubles-sens et pourquoi, de temps en temps, ton rire vient naître de père inconnu.
Alors laisse encore ma mémoire te caresser, caresser l'indigène, projeter parfois tes cuisses sur l'entrée du sommeil, ressentir ta poitrine, la plus jeune que toute une vie m'aura fait toucher. J'ai pris quinze années depuis tes quatorze ans, quinze ans que même dans mes fantasmes, je ne peux plus ignorer. Mes doigts sont devenus rêches, presqu'insensible, je sais que je t'abîme, et c'est mon innocence que je griffe.
Mes souvenirs se couvrent de crasse, c'est encore moi qui commets l'outrage, je ne sais pas laisser les vestiges sous terre. Avant celle de Premier, je profanais déjà les tombes, je ré-articulais déjà des âmes, ce type sale, je l'étais déjà, couvert de la boue de tant d'étages sédimentaires.


Deuxième est resté passif quand j'ai frappé ce jour-là. Il me fixait, mais surpris, sans animosité. Je ne savais pas trop me battre, mais j'étais robuste, incapable de doser mes coups. Celui-là couvait, oh, depuis trop d'années. J'y suis allé fort, et j'ai interrompu sa scène. J'ai interrompu sa scène, et j'ai coupé net son rire. Ensuite j'ai regretté, j'ai eu peur de lui, de sa réaction, je ne l'avais plus touché depuis les cabanes, mais lui : rien, rien sur le coup.
Y. venait de dévaler une petite pente dans un bosquet, une gamelle minime mais, c'est vrai, un peu ridicule : sa robe s'était retroussée dans la glissade, et sa jambe droite, son bassin avaient sévèrement mangé. Elle en grimaçait.
Après mon coup, la mâchoire de Deuxième devenait bleue. Il la tâta encore quelques secondes puis, sortant de sa torpeur avec un mouvement d'épaule, il se dirigea vers elle pour l'aider à se relever. D'abord, gamine vexée, elle eut un geste de recul, un râle d'indignation. Il insista, les traits exaspérés par la résistance qu'il ne rencontrait jamais, il se courba un peu plus, la main tendue. Assez vite, elle se rendit, tendit la sienne. Il la remit debout d'un geste. Et puis, pour bien montrer son ascendant sur elle, pour me narguer surtout, il s’accroupit, releva le pan de sa jupe et commença très doucement à balayer la plaie de la paume de sa main, faisant tomber les cailloux fichés dans la cuisse, les aiguilles de pins collées à l'angle du bassin. En retour, elle se pencha sur lui et examina sa joue. La scène était ridicule, mais je m'en étais exclu, seul con à ne pas être blessé.
Deux bonnes raisons de me mettre des claques.